Amadou Diallo : « Pour connaître sa langue, il faut l’apprendre. »

Son apparence et sa stature sont impressionnantes. Grand de taille et posé dans son comportement El Hadji Amadou Diallo,
djannngino binndi APESS (le maître de l’écriture APESS) ne passe pas inaperçu. Partout où il apparaît, il rayonne une certaine
autorité, une crédibilité qui le rend intouchable. Il est un perfectionniste dans tout ce qu’il entreprend. Infatiguable dans son travail
il se donne avec tout son cœur à la tâche qu l’APESS lui a confié depuis 1989 : Harmoniser les différentes tentatives de transcrire
le ‘Fulfulde’ – la langue des Peuls – en lettres arabes et ensuite initier les membres éleveurs de l’APESS à l’écrire et à lire le ‘Fulfulde’.

Pourquoi alphabétiser les Fulaphones avec des lettres arabes ? Une question qu’on lui pose souvent. « Dans notre groupe il y avait eu toujours des gens qui s’intéressaient fortement à la culture arabe : le milieu peul est profondément pénétré par l’Islam et il faut en tenir compte chaque jour », explique-t-il. Il doit le savoir, car l’ancien élève coranique du Yagha (région nord-ouest du Burkina Faso) est parti de lui-même en Egypte pour étudier la langue et la religion arabes pendant huit ans.

Revenu il enseignait l’arabe et faisait des recherches pour l’université de Ouagadougou jusqu’au moment où l’APESS sollicitait son aide pour la création d’un système normatif de transcription du ‘Fulfulde’.

« On m’a demandé si on peut écrire le ‘Fulfulde’ en lettres arabes » se rappelle-t-il. « La tâche n’était pas trop compliquée car les marabouts avaient déjà écrit des livres religieux en ‘Fulfulde’ avec des lettres arabes. Seulement, par absence de critères convenus
 chacun écrivait comment il entendait. »

Amadou Diallo invitait dix lettrés des régions où on parlait différents dialectes peuls et au bout de quelques jours le groupe élaborait une proposition des règles pour transcrire sa langue. Des 30 lettres de l’alphabet arabe le groupe retenait 14 caractères correspondant à des sons fulfuldé. Il manquait donc 16 lettres qu’il fallait modifier légèrement par des signes de ponctuation (accent, points, apostrophe, crochet etc.). Une fois trouvé un syllabaire a été créé et depuis les formations en alphabétisation ne cessent plus.Détail intéressant : tous ces philologues du monde peul faisaient et font encore du foin APESS.

Aujourd’hui l’alphabétisation du fulfuldé en lettres arabes est le plus fortement demandé par les éleveurs APESS et leurs femmes. Ainsi en 1994, Amadou Diallo et son équipe de 55 enseignants dans la brousse avaient formé 1050 hommes. Aujourd’hui le « djanngino binndi APESS » est toujours fasciné par son devoir : « J’ai la chance de faire un travail qui rend service à une communauté. » Et ce qui lui plaît le plus c’est que « les gens eux-mêmes demandent fortement à apprendre leur propre langue ». Ce qui n’est pas évident car la culture peule est d’abord orale et parce qu’ils étaient contraints, les Peuls de la brousse avaient toujours fuit l’école.

Texte et photo : Hedy Bühlmann

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